Illustration : une femme reçoit une étreinte de son propre reflet dans un miroir, symbole d’autocompassion. Logo Le poids des faits en bas à droite.

Le poids des faits — La vérité derrière l’actualité santé

Et si se juger moins nous aidait à reprendre soin de nous?

« Tu as encore abandonné. »

« Tu sais pourtant quoi faire. Pourquoi tu n’es pas capable? »

« Avec toi, ça ne dure jamais. »

Imaginez entendre ces phrases d’une personne à qui vous venez de confier une difficulté. Auriez-vous envie de continuer la conversation? De lui raconter ce que vous vivez? De lui demander de l’aide?

Maintenant, pensez à la façon dont vous vous parlez quand vous êtes déçu de vous-même.

Lorsque vous reportez une décision importante. Que vous laissez tomber une habitude qui vous faisait du bien. Que vous dites oui alors que vous auriez eu besoin de vous reposer.

Est-ce que certaines de ces phrases vous semblent familières?

On peut être très attentionné envers les autres et devenir terriblement dur envers soi-même. Comme si notre fatigue était moins légitime. Comme si nos difficultés étaient moins compréhensibles. Comme si nous devions nous secouer constamment pour mériter d’avancer.

Mais après toutes ces années à vous parler durement, est-ce que vous vous sentez mieux accompagné par vous-même?

LES CHIFFRES

19 études, 9 660 adultes : une question qui mérite notre attention

Une revue systématique et méta-analyse publiée en août 2026 a regroupé 19 études portant sur 9 660 adultes. Les chercheurs ont examiné les liens entre l’autocompassion, le stress et les comportements liés à la santé.

Dans l’ensemble, une plus grande autocompassion était associée à :

  • Moins de stress.
  • Davantage de comportements favorables à la santé.
  • Moins de comportements à risque.

LA SCIENCE

Ce que la recherche nous invite à regarder

Ces résultats montrent des associations : ils ne prouvent pas que se parler avec bienveillance provoque, à lui seul, ces changements. Ils donnent toutefois une raison sérieuse de s’intéresser à la façon dont nous nous traitons.

Le mot autocompassion peut sembler abstrait. Dans le quotidien, on pourrait commencer par ceci : reconnaître qu’on traverse une difficulté et se répondre avec un peu de la compréhension qu’on offrirait à un proche.

« Si je me laisse tranquille, je vais tout lâcher »

C’est une inquiétude qu’on peut avoir : si j’arrête de me pousser, est-ce que je vais perdre ma motivation? Si j’accepte mes difficultés, est-ce que je vais finir par m’en contenter?

On peut vouloir avancer et se traiter avec respect. On peut reconnaître une erreur, avoir une conversation inconfortable avec soi-même et décider de changer quelque chose sans s’insulter.

Imaginez un entraîneur qui vous accompagne pour retrouver votre forme physique. Vous avez manqué deux séances. Vous arrivez découragé.

Vous souhaiteriez probablement qu’il cherche à comprendre ce qui s’est passé, qu’il vous rappelle votre engagement et qu’il vous aide à ajuster votre plan.

Pourquoi serait-il déraisonnable de vous offrir cette même qualité d’accompagnement?

L’HUMAIN

La compréhension qu’on réserve aux autres

On peut être la personne sur qui tout le monde compte et avoir du mal à s’accorder la même attention.

On écoute, on encourage, on trouve les mots pour rassurer un proche qui traverse une mauvaise journée. Puis, quand vient notre tour, on se reproche d’être fatigué, d’avoir hésité ou de ne pas en avoir fait assez.

Un ami vous confie qu’il est épuisé. Vous lui dites de souffler un peu.

Vous êtes épuisé. Vous vous dites que vous devriez être plus fort.

Une personne que vous aimez fait une erreur. Vous lui rappelez tout ce qu’elle accomplit de bien.

Vous faites une erreur. Elle prend soudain toute la place.

Cette compréhension qu’on offre aux autres, qu’est-ce qui nous empêche de nous l’accorder aussi?

Prenez un instant pour y penser. Qu’est-ce que vous craignez qu’il arrive si vous devenez moins dur envers vous-même?

Être honnête sans se démolir

Vous souhaitiez marcher davantage cette semaine. Finalement, vous n’êtes sorti qu’une seule fois.

« Je suis paresseux. Je ne tiens jamais mes engagements. »

Avec ces mots, c’est toute votre personne que vous jugez. Pourtant, il reste une semaine à comprendre.

Étiez-vous épuisé? Aviez-vous choisi un moment qui ne convenait pas à votre horaire? Aviez-vous besoin de compagnie? Votre objectif était-il réaliste?

Ces questions peuvent vous donner des renseignements utiles pour la suite.

Vous pourriez décider de marcher moins longtemps, de déplacer votre sortie ou d’appeler quelqu’un pour vous accompagner.

« Mon plan n’a pas tenu cette semaine » vous laisse quelque chose à ajuster. « Je suis incapable » vous laisse bien peu d’espace.

La même réflexion peut s’appliquer à votre sommeil, à une limite que vous avez du mal à poser ou à un projet que vous remettez toujours au lendemain.

Vous pouvez prendre vos engagements au sérieux tout en tenant compte de votre réalité.

Essayez de changer une seule phrase

La prochaine fois que vous vous surprendrez à vous juger, prenez un instant pour écouter les mots qui vous viennent.

Puis imaginez qu’une personne que vous aimez vous raconte exactement la même situation.

Votre sœur vous dit qu’elle n’arrive plus à trouver du temps pour elle. Votre ami vous confie qu’il a abandonné une activité qu’il aimait. Votre enfant adulte vous dit qu’il a peur de décevoir tout le monde.

Que lui répondriez-vous?

Vous voudriez peut-être comprendre ce qu’il vit. Vous lui poseriez une question. Vous chercheriez avec lui une façon de faire un prochain pas.

Essayez ensuite de vous adresser une phrase aussi juste.

Au lieu de « Je devrais être capable de tout gérer », peut-être :

« J’en ai beaucoup sur les épaules. Qu’est-ce que je peux alléger ou partager? »

Au lieu de « J’ai encore tout gâché », peut-être :

« Je regrette ce qui s’est passé. Qu’est-ce que je peux faire maintenant? »

C’est un exercice de réflexion que je vous propose. Vous n’avez pas besoin de trouver une phrase parfaite ni de vous convaincre que tout va bien. Cherchez simplement des mots que vous pouvez croire et qui vous laissent une possibilité d’agir.

Reprendre soin de soi, dans la vraie vie

Le prochain geste sera peut-être une courte marche. Une soirée où vous vous couchez plus tôt. Un rendez-vous que vous reportez depuis longtemps.

Ce sera peut-être dire : « Aujourd’hui, je n’ai pas la disponibilité pour ça. »

Ou encore : « J’aurais besoin que tu m’écoutes. »

Prendre soin de soi demande parfois du courage. Il faut reconnaître un besoin, accepter une limite ou demander du soutien. Cela mérite qu’on s’y attarde avec patience.

Dans mon travail d’accompagnement, c’est cette place que je veux donner à la personne : une place où elle peut regarder honnêtement ce qu’elle souhaite changer, comprendre ce qui lui arrive et choisir comment avancer.

Cette semaine, je vous invite à remarquer votre façon de vous parler lorsque les choses ne se passent pas comme vous l’auriez voulu.

Avant de vous lancer une autre critique, posez-vous cette question :

« Si j’étais quelqu’un que j’aime, qu’est-ce que je me dirais maintenant pour m’aider à avancer? »

Prenez le temps d’écouter votre réponse.

Et choisissez un geste qui lui donne vie.

Jacques Aubin

Conférencier, auteur et coach en santé et en perte de poids

Le poids des faits — La vérité derrière l’actualité santé

Source scientifique : Liu et ses collègues, « Self-compassion, stress and health behaviour: a systematic review and meta-analysis », Health Psychology Review, publication en ligne le 25 août 2026. Consulter la publication.

À propos de Jacques Aubin

Auteur du livre Pour une fois, va jusqu’au bout!, conférencier et coach, Jacques Aubin accompagne les personnes qui souhaitent reprendre le pouvoir sur leur santé, leurs habitudes et leur vie.

À travers ses conférences, ses séminaires, ses formations et ses programmes d’accompagnement individuel ou en groupe, il partage une approche fondée sur l’expérience, la conscience, la responsabilité et le respect de l’être humain.

« Pour une fois, va jusqu’au bout! »

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